Les 5 principes politiques de l’IDPC concernant les drogues : Principe politique n°3

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3/ Les efforts de réduction de l’offre en drogues ne doivent pas ses concentrer sur la punition des cultivateurs

Dès lors qu’il existe une demande pour des produits dérivant de drogues à base de plantes telles que l’opium, la cocaïne et le cannabis, et dès lors que des profits peuvent être générés à partir de leur distribution, ces plantes (ou leurs substituts, produits artificiellement) seront cultivées quelque part dans le monde. Ceci est également vrai pour les stimulants de type amphétamine et pour l’ecstasy qui, contrairement à ce que l’on pense, ne sont pas des drogues  » synthéthiques, mais largement composées d’éphèdre et de sassafras. Tous les efforts visant à éliminer la culture de ces plantes ont abouti soit à des échecs, avec le déplacement de la culture dans une autre région ( » effet ballon), soit, au mieux, à une interruption provisoire de l’approvisionnement aux consommateurs. La diminution des cultures de coca au Pérou au début des années 1990 et en Bolivie à la fin de cette même décennie ont simplement déplacé et augmenté la production en Colombie. De façon similaire, des actions réussies de réduction de la culture de pavot en Thaïlande et auPakistan dans les années 1990 ont provoqué une augmentation de la production en Afghanistan. À la lumière de ces expériences, il est difficile d’imaginer comment les efforts continus destinés à réduire la culture de ces substances permettront un jour d’atteindre l’objectif déclaré de mettre un terme à l’approvisionnement de ces produits concentrés ou synthétiques sur le marché.

L’action des gouvernements et des agences internationales pour s’attaquer à l’étendue et l’influence croissantes des organisations et des réseaux criminels, qui s’enrichissent de la distribution de drogues illégales, est sans conteste indispensable. Cependant, ce défi à relever doit être guidé par des objectifs plus larges liés à la suppression du crime organisé au lieu de simplement se concentrer sur la quantité de drogues saisies. De même, l’action internationale visant à apporter la stabilité et la prospérité dans les régions de culture des drogues (à l’heure actuelle en Afghanistan et dans la région des Andes en Amérique du Sud) est nécessaire, mais la priorité de ces efforts devrait être la création de moyens de subsistance durables et d’une meilleure qualité de vie pour certaines des populations les plus pauvres de la planète. Il s’agit d’une approche plus humaine et plus efficace. Pour ces pauvres paysans, la culture de plantes utilisées dans la production de drogues illicites est un moyen de subsistance de base. Détruire ce qui constitue quasiment leur seule source de revenu avant d’établir des moyens d’existence de remplacement crée une spirale de pauvreté et il est certain que les personnes affectées recommenceront à planter, entraînant l’expansion géographique de telles cultures. L’encouragement continu des programmes d’éradication dans les Andes et en Afghanistan ne peut être justifié ni par la perspective de réduire avec succès l’offre globale de drogues, ni par leur impact sur la situation locale. De plus, ces programmes d’éradication forcée sont souvent contre-productifs, car ils génèrent des conflits sociaux et des violences politiques, tout en compromettant la légitimité du gouvernement. La pulvérisation aérienne des cultures a des effets négatifs sur l’économie et l’environnement fragile des régions de culture ; elle contribue à la pauvreté et à l’exclusion de ces communautés rurales. Aussi les politiques antidrogues des États-Unis, soutenues par l’ONUDC, sont-elles en contradiction directe avec les politiques de développement et de droits humains d’autres agences onusiennes, comme le PNUD, l’ONUSIDA, la FAO, l’UNESCO, et le HCNUR.

Une politique plus efficace et plus responsable de réduction de l’offre de drogues illégales doit se concentrer sur des objectifs de développement et de résolution des conflits dans les régions de culture actuelles, au lieu de considérer des populations et des cultures entières comme des criminels ; elle doit également mettre de manière explicite la priorité sur les réseaux qui engrangent de larges profits en produisant et en distribuant ces substances illégales, plutôt que sur la répression.

Date première publication :
04/07/2010

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