Recevoir les infos de l'AFR

Publicité

Vous êtes ici

Accueil » Ressources documentaires » Opinions et analyses » Le changement : ce q...

Le changement : ce qu'on en attend...

Version imprimable

EDITO DU PRESIDENT

Le 6 mai dernier, les suffrages se sont exprimés en faveur d’un retour du parti socialiste pour prendre la tête du pays et gouverner.

Depuis dix années notre pays vit dans l’austérité et dans une politique sécuritaire menée de bout en bout par les gouvernements successifs de Messieurs Chirac et Sarkozy.

Même si en 2006 nous avons connu l’institutionnalisation qui nous a permis de poursuivre notre travail dans un confort budgétaire jamais égalé, la politique menée auprès des usagers de drogues s’est réellement durcie.

Les interpellations se sont multipliées, tout comme les incarcérations pour simple consommation.

Le président de la MILDT que nous avons connu ces cinq années passées n’a pas pris le temps de comprendre sur quoi pouvait être fondée notre approche.

Loin du terrain, contrairement à certains de ses collaborateurs, il s’est avant tout préoccupé de remettre de l’ordre et de maintenir que la consommation de drogues était un délit. Sans plus s’attarder sur les circonstances qui peuvent amener une personne à consommer…

Loin des connaissances de la médecine et des lois fondamentales qui forgent l’existence de l’être humain, Monsieur Apaire a mis en avant sans relâche que prendre des drogues était un acte de malveillance, un acte délictueux, qui devait être réprimé.

Que de temps perdu et que de marche arrière après les avancées que nous avions pu connaître du temps de Madame Nicole Maestracci.

La politique sécuritaire et la chasse à la drogue menées ces dix dernières années par Monsieur Sarkozy en tant que Ministre de l’intérieur, puis comme premier représentant de l’Etat a fait beaucoup de mal et de tort à nos actions menées sur le terrain et a rendu complexe notre travail au quotidien.

Les usagers se sont vus interpellés de nombreuses fois aux alentours de nos structures, allant jusqu’à se faire fouiller à la sortie par les forces de police qui n’ont pas hésité parfois à casser le matériel ou le confisquer tout comme certains traitements de substitution. Ces comportements policiers ont entraîné de fait, parfois si ce n’est un recul des usagers vers les C.A.A.R.U.D, au moins une hésitation à prendre du matériel d’injection.

A la fois une institutionnalisation qui venait rappeler comment la politique de R.D.R avait su faire ses preuves en diminuant par vingt les taux de prévalence d’infection au VIH en quinze ans et faire entrer la R.D.R dans le Code de Santé Publique et en parallèle une politique sécuritaire sans précédent.

Le débat sur les salles de consommations supervisées que nous avons connu lors de l’été 2010, après la conférence sur le V.I.H de Vienne, les rapports scientifiques rendus sur le sujet et l’engagement de certains élus n’ont guère fait avancer les faits concrètement. Malgré les déclarations de Roselyne Bachelot, alors Ministre de la Santé, le premier Ministre Monsieur Fillon a répondu sans vergogne et sans hésitation que ces sites « n’étaient ni souhaitables, ni envisageables. »

La prévention sur les drogues a été menée dans certains sites scolaires par des gendarmes ou policiers qui à l’aide de chien sont allés jusqu’à fouiller les sacs des collégiens, avec l’autorisation des chefs d’établissements et devant la stupéfaction des parents d’élèves.

L’Aide Médicale d’Etat est devenue payante retardant l’entrée dans les soins de certains usagers souffrant de pathologies infectieuses.

L’accès aux soins et l’entrée dans le droit commun se sont durcis, ne permettant pas aux intervenants des structures C.A.A.R.U.D et ou C.S.A.P.A de faire avancer certains dossiers d’usagers…

Bref beaucoup de retard pris ces dernières années comme s’il nous fallait encore et de nouveau recommencer à convaincre l’intérêt d’une politique juste et égalitaire pour les usagers de drogues. Durant toutes ces années, nous avons dû tenir contre vent et marées et maintenir sans relâche notre travail et parfois nous avons pu noter dans les équipes un certain découragement.

Même si nous n’avons pas à ce jour de garantie quant à la politique sur l’usage de drogues qui va être menée lors du prochain quinquennat présidé par Monsieur Hollande et du traitement qui va être réservé aux consommateurs, on ne peut être que plein d’espoir de ce changement de cap et d’orientation politique qu’ont choisi dimanche les citoyens de notre pays.

Avec la constitution du nouveau gouvernement et les élections législatives, nous avons beaucoup d’attentes sur certains dossiers et entrerons rapidement en lien avec les responsables des sujets qui nous concernent.

Nos attentes sont bien évidemment orientées sur une politique de santé qui prenne en compte la situation des usagers de drogues les plus précaires, dans notre pays en s’attardant sur leur conditions de vie qui s’est grandement détériorée, sur leur accès au droit commun et leur entrée dans le système de soins le plus rapidement possible sachant que les dernières enquêtes montrent que plus de 60% des usagers que nous rencontrons sont infectés par le virus de l’hépatite C..

Mais aussi sur les conditions de vie en milieu carcéral pour les usagers de drogues pour qu’existe réellement une véritable réduction des risques reconnaissant enfin qu’en prison les drogues circulent.

Une reprise du débat sur les salles de consommation à moindre risque qui est venu démontrer que l’existence de ces dispositifs permettait une amélioration sensible de l’état de santé des personnes ainsi qu’une diminution des nuisances là où étaient en place des scènes de consommation.

La prise en compte également du vieillissement des usagers pour lesquels aucune solution n’existe quant à leur devenir.

Un regard aussi sur les consommations précoces des plus jeunes, ceux que les C.A.A.R.U.D et les C.S.A.P.A ne voient jamais, ou alors sur les actions festives et qui n’ont pas, c’est le moins que l’on puisse dire, bénéficié de messages cohérents sur les risques liés à la consommation. Si ce n’est des messages mettant en avant les dangers et l’interdiction de consommer, en rappelant sans cesse que consommer des drogues restait un délit. Comme si bien entendu ces messages d’interdiction avaient quelque portée et quelque utilité.

La France a pris sur certains sujets, du retard sur nos voisins européens comme l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays Bas, la Suisse ou encore l’Espagne et le Portugal qui ont su démontrer que la dépénalisation de certaines drogues n’entrainait pas de fait l’augmentation des consommations et que l’expérimentation de salles de consommation répondait à des besoins réels.

En octobre prochain les 25 et 26 auront lieu à Paris les quatrièmes rencontres de la Réduction des Risques, une occasion d’interpeller alors les politiques en charge de ces dossiers et de les inviter à débattre à notre tribune politique, pour qu’existe en France une véritable prise de conscience que consommer des drogues n’est en rien un délit et qu’il faut en finir avec cette pénalisation de l’usage simple de toutes les drogues et que s’élargissent les droits pour les usagers, afin qu’ils soient considérés comme des citoyens à part entière.

Une politique pour l’égalité des chances et des droits….

Serge LONGERE

Président de l’A.F.R

Date première publication : 
16/05/2012
Partager/Imprimer

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Afin de lutter contre les spams merci de répondre à cette question.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.