8 juin 2007, Journée thématique "Réduction des Risques et Prison : Ruptures et Continuités"
Sortir !! Et après : La question de l’hébergement
Par Sourida Hammoudi, association ATRE
L’association ATRE
L’ATRE est un CSST avec hébergement, l’association existe depuis plus de 10 ans. Juste un mot d’histoire : Les membres du SMPR de la maison d’arrêt de Loos et plus précisément son directeur, le docteur Archer se sont rendu compte à l’époque, avant la décision de créer l’association, que toutes les personnes toxicomanes incarcérées ayant un projet de soin travaillé en maison d’arrêt se retrouvaient très souvent à leur sortie sans possibilité d’intégrer une structure de soin. La raison était essentiellement liée au fait de l’incarcération, ce que renvoyait la majorité des structures de soin était, « à votre sortie, vous nous re-contactez et là, on organisera votre éventuelle arrivée ».
Le risque était grand, puisque la majorité des personnes sortant de prison était et est, pour beaucoup SDF. Bien souvent, la seule alternative à leur disposition était de retourner vers leur quartier, leur famille si cela était encore possible. Et très rapidement, au bout de quelques jours, le projet qui avait mis du temps à émerger, à se structurer, à s’organiser avec les intervenants de la maison d’arrêt, se casser la figure aussi rapidement qu’il avait mis du temps à se préparer.
C’est justement face à ce constat, beaucoup trop répétitif, que l’ATRE a vu le jour. La structure se trouve à Lille, on accueille 10 personnes maximum, hommes et femmes majeurs, essentiellement sortant d’incarcération ou sous main de justice.
L’objectif est de proposer une structure intermédiaire entre l’incarcération et le soin, pour que tout le travail effectué en amont se poursuive ensuite à l’ATRE avant l’intégration dans une structure de soin. La durée d’accueil est d’un mois, renouvelable une fois. Cela paraît peu, mais notre mission est la consolidation ou l’élaboration d’un projet de soin ou d’insertion. Redonner un rythme de vie, une hygiène alimentaire, des horaires de sommeil, des activités physiques, surtout après une période d’incarcération. Parallèlement, il y a une remise en place de la situation administrative, c’est, et chacun d’entre nous le sait, un vrai problème pour les personnes qui sortent d’incarcération. Il s’agit de la CMU, du RMI, de carte d’identité, etc, de manière générale, rien n’est fait ou ne peut se faire en Maison d’Arrêt.
Pendant quelques années, nous avons travaillé essentiellement avec la Maison d’Arrêt de Loos, et petit à petit, nous nous sommes ouverts à d’autres maisons d’Arrêt de la région et puis de toute la France, en sachant que nous agissons essentiellement dans le grand Nord c’est-à-dire, le Nord – Pas-de-calais, et la région parisienne.
L’accès aux droits
Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas d’uniformité dans les pratiques, en Maison d’Arrêt par rapport aux situations sociales.
Prenons les cartes d’identité : Toute la difficulté réside dans le fait que pour refaire une carte d’identité en Maison d’Arrêt, il faut d’abord trouver une association extérieure acceptant de donner son adresse, ceci pour éviter d’avoir l’adresse de la Maison d’Arrêt sur la carte d’identité, ce qui serait, bien entendu, stigmatisant. De plus, aujourd’hui avec la réglementation sur les photos d’identité, il faudrait que les maisons d’arrêt se dotent d’un appareil spécifique. Quand cela se fait, quand les dossiers sont montés, les personnes sont généralement déjà sorties. Du coup toute la démarche est encore plus difficile à refaire à l’exterieur parce que le dossier est déjà parti à la Préfecture et que pour le retrouver c’est difficile. En fait, nous négocions quand il est encore temps d’attendre leur arrivée à l’ATRE pour faire cette carte d’identité.
Par contre, la CMU est un vrai problème, car elle ne se fait pas de manière générale en Maison d’Arrêt, alors qu’elle devrait se faire, cela permettrait d’éviter des situations plus délicates puisqu’il s’agit de leur traitement. Ce qui se passe pour certains d’entre eux, c’est que les personnes se présentent à la CPAM et là c’est au bon vouloir de l’administration. Le risque en cas de non couverture est d’aller chercher sa substitution au marché noir, si je peux me permettre l’expression. A la Maison d’Arrêt de Loos, il y a une personne de la CPAM qui est détachée pour monter la CMU, là encore l’adresse indiquée est l’adresse de la Maison d’Arrêt, il y a donc encore tout un travail à faire mais c’est déjà une vraie avancée.
Au niveau du RMI, c’est à double tranchant, de plus en plus de détenus ne disent pas qu’ils sont incarcérés afin de continuer à bénéficier du RMI. Cela est une réalité et je pense que tout le monde la connaît. Pour ceux qui préviennent la CAF, ils continuent à percevoir leur RMI pendant 2 mois avant leur radiation. A leur sortie, tout le dossier est à refaire.
Il faut savoir qu’une majorité de postcures demandent à ce que les personnes arrivent avec des situations administratives complètement réglées. Nous avons donc un travail énorme à faire en un très court temps afin ensuite de libérer du temps pour travailler réellement sur le soin.
Le travail de médiation de l’ATRE, entre la prison et la postcure
Au niveau du travail fait à l’interne par les travailleurs sociaux, il y a une difficulté qui se pose. Le travail sur le soin, on le sait, est un travail de longue haleine, Il faut qu’il mûrisse, cela demande du temps de faire émerger une démarche de soins. La première demande pour les personnes est de sortir de Maison d’Arrêt, la seconde demande est d’avoir un hébergement. Faire passer ces deux demandes là en demande de soins prend du temps. Ces travailleurs sociaux font sérieusement ce travail, mais ils manquent de connaissance sur les particularités, les différences, les spécificités entre toutes les postcures, certaines postcures sont à dominante sportive, d’autres à dominante psychologique, d’autres encore misent sur l’insertion. Ce sont des finesses qu’il faut maîtriser. Les travailleurs sociaux qui travaillent à l’interne des Maisons d’Arrêt ont autre chose à faire que de connaître tout ce panel-là.
Quand les ex-détenus nous arrivent avec leur liste d’envoi de lettres de motivation à tout va, il faut tout remettre à plat et vérifier. Il est vrai que quelquefois on ne souhaite pas trop que ce travail soit fait avant car il y a un long travail à reprendre, les personnes ne comprennent pas toujours qu’on leur dise que telle ou telle postcure ne convient pas à leur situation. Voilà un peu les difficultés qui se font entre nous, entre l’amont et l’aval. Du côté de l’aval, au début de notre existence il y a 10 ans, les postcures ne voulaient pas, en général entendre parler des détenus. Leur discours était d’attendre leurs sorties, de vérifier leur projet, de tester leurs motivations. Aujourd’hui, de plus en plus de postcures travaillent directement avec les Maisons d’Arrêt, ce qui ne se faisait pas avant. En toute modestie, notre intermédiaire a permis cela, il a permis de dédramatiser l’accueil de cette population, de rassurer les postcures sur le travail effectué en Maison d’Arrêt. Il y a maintenant une vraie confiance sur le travail effectué, il est vrai que la demande de sortie de maison d’arrêt est la sortie, il ne faut pas se leurrer, il ne serait pas normal que ce ne soit pas la première demande mais aussi une demande d’hébergement, c’est évident quand la majorité des personnes sont SDF. L’objectif est de partir de cette demande légitime et de la travailler.
Voilà, je crois que par notre intermédiaire nous avons pu permettre aux postcures, aux communautés thérapeutiques, etc de tenir compte de tout cela et de pouvoir aujourd’hui accepter de travailler avec cette population.
Merci
Sommaire de l'article
- Programme de la journée
- Pratiques et Usages en détention : Usages et mise à disposition de matériel
- Pratiques et Usages en détention : Les pratiques d’injection en milieu carcéral
- Pratiques et Usages en détention : Drogues et médicaments, entre logique sanitaire et logique sécuritaire
- Pratiques et Usages en détention : L’expérience d’un surveillant
- Pratiques et Usages en détention : Le débat
- Pratiques et Usages en détention : Les programmes d’échange de seringues en prison, les expériences étrangères
- Gérer l’obligation de soins, la carotte ou le bâton : De l'incitation à l'obligation de soin
- Gérer l’obligation de soins, la carotte ou le bâton : L’injonction thérapeutique dans le cadre de la loi Perben 2
- Gérer l’obligation de soins, la carotte ou le bâton : Le Juge de l’application des peines face à l’obligation de soins en détention
- Gérer l’obligation de soins, la carotte ou le bâton : Gérer les demandes de certificats de suivi thérapeutiques
- Gérer l’obligation de soins, la carotte ou le bâton : le Débat
- Sortir !! Et après : La question de l’hébergement
- Sortir !! Et après : L’accompagnement des malades
- Sortir !! Et après : La mobilisation des CAARUDs
- Sortir !! Et après : le Débat
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