Le cannabis, la « RdR » et le mouvement antiprohibitionniste français

Par Farid Ghehiouèche, Cannabis Sans Frontière

Quand on évoque la politique de prévention des risques et la réduction des dommages, plus communément appelée  » RdR, on pense rarement à la question du cannabis. Ce n’est pas parce que la consommation massive de ce produit stupéfiant, drogue illicite la plus consommée en France et dans le monde ne présente aucun problème de santé publique, mais il semblerait que son statut de drogue  » douce lui confère une aura particulière, avec quelques vertus du point de vue de la substitution, voire dans la recherche de l’abstinence but ultime de la prohibition à l’oeuvre depuis un siècle.

Bien entendu, cela peut faire sourire… Car c’est généralement sur des tonnes de clichés que se forge l’avis du commun des mortels, quand on prononce le mot  » cannabis.

Pourtant, il est grand temps d’arrêter les moqueries et les approximations.

Pour le cas d’une personne atteinte du HIV-SIDA ou d’une autre maladie grave, si rien ne vient lui ouvrir l’appétit pour l’aider à prendre les forces nécessaires à la prise de son traitement sauf le cannabis, si pour une personne alcoolique le sevrage est douloureux mais que le cannabis en atténue les effets, ou que pour de nombreuses autres applications thérapeutiques le cannabis est utile et nécessaire, il serait temps d’ouvrir les vannes du débat public sur la question.

Sinon, on est en droit de penser qu’au nom d’une certaine morale, pour défendre un  » interdit en échec, il faudrait maintenir la population en situation de détresse. Pire, de laisser des personnes vulnérables à l’abandon en les confrontant directement à toutes les turpitudes du marché noir et de la chaîne pénale.

Usager du cannabis = délinquant ; cultivateur de cannabis = criminel

Pour en finir avec une loi datant de quarante deux ans, qui a obtenu les résultats qu’on connait -faudra-t-il une énième commission pour en établir le constat?-, des cannabinophiles (amateurs de fleurs de chanvre et de produits dérivés) sont sortis du placard.

En allant au-delà de la participation aux manifestations comme la Marche Mondiale du Cannabis, l’historique  » Appel du 18 joint ou en faisant signer des pétitions ou d’autres actions symboliques (rapports, lettres ouvertes, campagnes d’information)…

Depuis le16 juin 2012, les Cannabis Social Clubs Français sont apparus dans le paysage médiatique. Dominique Broc a fait naître un nouveau mouvement de désobéissance civile prônant la culture raisonnée et responsable du cannabis, entre les membres d’un  » club pour satisfaire leurs besoins respectifs, selon un code de conduite interdisant la présence de mineurs et la revente à autrui, entre autres règles pour s’autoadministrer. Ces  » clubs réunissent des personnes qui souhaitent interpeller directement les pouvoirs publics, pour changer la législation en vigueur. En prenant le risque de se déclarer en Préfecture pour assurer la  » transparence de leurs activités, et de subir les conséquences judiciaires jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme s’il fallait.

Les membres d’un Cannabis Social Club Français demandent à être jugés comme la loi en vigueur le stipule, pour la production en bande organisée, et donc par la cour d’Assises spéciale.

Cependant, deux objectifs semblent indissociables à l’ensemble des membres participant activement au CSCF : améliorer la santé des usagers du cannabis et éliminer les dangers liés au trafic, et donc améliorer tant la politique de santé publique, que celle de la sûreté des concitoyens.

Mai au tribunal, juin au parlement ?

Dans les jours qui viennent, le CSCF va refaire parler de lui puisqu’hier, le Procureur de la République Philippe Varin a convoqué à Tours, les douze personnes constituant le bureau collégial de l’association fédérative des Cannabis Social Clubs locaux, le C.S.C.F. Il demande la dissolution d’une association qui existait de fait, et qui dans une tentative de dialogue avec les pouvoirs publics pour obtenir un statut dérogatoire à titre expérimental, va devoir défendre plus largement des libertés constitutionnelles comme la liberté d’association, de réunion, d’expression, d’opinion et même de cultiver du cannabis. Le Tribunal rendra public ses délibérations le 20 juin prochain.

Peut-être les décideurs politiques feront en sorte de prendre leurs responsabilités pour changer ou aménager la loi de 70 d’ici là ? En tout cas un groupe de parlementaires y réfléchit sérieusement.

Alors qu’une décision-cadre de l’Union européenne pourrait permettre leur existence légale, comme cela s’est produit en Espagne auparavant.

Mais pour le moment, plusieurs convocations semblent montrer que les pouvoirs publics préfèrent user de la manière forte pour endiguer ce fléau citoyen (le 13 mai à Guéret pour le CSC 23-1, le 25 mai à Tours pour le CSC 37-1, le 18 juin à La Roche-sur-Yon pour le CSC 85-1).

Comme les poursuites entamées à l’encontre de Dominique Broc, le porte parole du mouvement des CSCF. Le 8 avril dernier lors de son procès, une centaine de ses soutiens avaient fait le déplacement à Tours pour entendre la pladoirie magistrale de Me Baron, comparant cette action de désobéissance civile à celle de grands noms de l’histoire des droits civils et politiques.

Parallèlement, en signe de solidarité plusieurs milliers de personnes sont sorties de la clandestinité en réalisant et publiant leur carte verte, avec un message de solidarité comme :  » XXX, 28 ans, étudiant, consommateur depuis 8 ans, et auto-producteur responsable sous peu, contre la répression faite aux usagers et pour un cannabis contrôlé.

Des revendications citoyennes pour la Marche Mondiale du Cannabis 2013

Comme chaque année depuis 2001 en France, la  » Marche Mondiale du Cannabis les partisans de la réforme législative sur les stupéfiants participent aux rassemblements publics programmés dans le monde entier et exigent des alternatives à la prohibition afin de libérer le cannabis.

Avec pour thèmes de revendication en France : Dépénalisation, auto-production, cannabis thérapeutique, la MMC2013 (lieux et horaires) se fera ainsi l’écho des propositions du Cannabis Social Clubs Français, défendant l’autoproduction privée sans but lucratif, afin d’améliorer la santé publique et la sûreté de nos concitoyens. Elle portera également la voix de ceux qui promeuvent la prévention des risques et la réduction des dommages liés aux drogues licites ou illicites.

Un grand moment à vivre et partager ensemble autour des revendications citoyennes, soutenues par le collectif d’organisations réunissant : AFR, AIDES, ASUD, Cannabis Sans Frontières, CIRC, Principes Actifs, Jeunes Ecologistes, Jeune Radicaux de Gauche, Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement des Libéraux de Gauche, Nouveau Parti Anticapitaliste, Secours Vert, Techno +, MMP…

  • Dépénalisation de la consommation, de la possession et de l’autoproduction pour usage personnel
  • Information cohérente et objective sur les effets et les pratiques de consommation réduisant les risques
  • Prévention pragmatique et ciblée en direction des mineurs et des usagers en difficulté
  • Prescription de cannabis dans un cadre thérapeutique
  • Régulation de la production, de la distribution et de la consommation de cannabis protégeant aussi bien le consommateur que l’ensemble de la société
  • La réforme de la politique française en matière de cannabis et l’ouverture d’un débat public sur la loi du 31 décembre 1970
  • Possibilité pour les usagers de se regrouper et d’organiser des filières courtes de production, de distribution, ainsi que l’usage social dans des lieux adéquats

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Date première publication :
03/05/2013

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